Expulsions locatives, la délégation Front de Gauche rencontre Pierre Christophe BAGUET le 26 mars 2013, Président GPSO, Maire de Boulogne Billancourt.
Rencontre Pierre Christophe BAGUET
Président GPSO, Maire de Boulogne Billancourt
Expulsions locatives.
26 mars 2013.
Merci de recevoir cette petite délégation du Front de Gauche.
Vous savez que nous avons rencontré de nombreux habitants des villes de la
communauté d’agglomération pour préparer le débat sur le PLH. Lors du conseil
de GPSO le 20 décembre, je vous ai remis près de 1000 signatures de la pétition
qui a servi de support à ces rencontres. La lutte contre les expulsions locatives qui
continuent d’être la règle, est au cœur des attentes des signataires et je souhaite
vous dire que nous avons rencontré, durant ces trois mois de campagne, un
grand nombre de situations dramatiques bouleversantes. Plusieurs vont vous être
exposées ce soir. Mais avant cela, en préambule, je veux revenir sur la violence
sociale des expulsions qui coutent si chères à la société toute entière en terme
de : santé, de scolarité des enfants, de traumatismes psychologiques, d’incidences
directes sur l’emploi sans oublier les importants coûts financiers liés aux instructions
juridiques, aux frais d’huissiers, aux dispositifs d’hébergement d’urgence, aux nuitées
d’hôtel. En 2011, 113 669 décisions judiciaires d’expulsion pour impayés de loyers
ont été rendues (+ 4% en un an) et 12 760 expulsions ont eu leu avec le concours de
la force publique (+ 9% en un an). A ces chiffres s’ajoutent ceux du DALO.
Pourtant le droit au logement est un droit universel reconnu par les traités
internationaux et dans notre constitution. Il est codifié comme droit humain dans
la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et le pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels adopté en 1966 par l’Assemblée
générale des Nations Unies, stipule par son article 11 que ; « Les Etats parties au
présent Pacte reconnaissent le droit à un niveau de vie suffisant pour elle-même et
sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants »
Ce droit au logement est également stipulé aux alinéas 10 et 11 du préambule de la
constitution du 27 octobre 1946.
Lorsque l’on n’accorde pas au logement les moyens nécessaires pour répondre aux
besoins de se loger de centaines de milliers de personnes, on bafoue le droit au
logement.
C’est l’Etat qui bafoue ce droit lorsqu’il se désengage sur la construction en
diminuant sa contribution au logement social. L’aide à la pierre est passée de 800
millions en 2008 à 469 millions en 2011. Et le fonds d’indemnisation des propriétaires
a été réduit de 78 millions d’€ en 2005 à 42 millions d’€ aujourd’hui.
Et ce sont aussi toutes les communes qui refusent ou ne font pas l’effort de
production de logements sociaux à hauteur du seuil de 20 et aujourd’hui de 25% de
la Loi SRU.
Etre ou ne pas être de bonne ou de mauvaise foi ? Est-ce la question ?
Quand 8 millions de personnes disposent de moins de 949€ par mois pour vivre
et que 4 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté avec
moins de 773€/mois, on ne peut faire abstraction de la crise économique et sociale.
Ce sont les gens en situation de fracture de vie ou de grandes difficultés
économiques et sociales qui sont en impayés de loyer.
C’est le décalage croissant entre le coût du logement et les revenus des ménages
qui rend de plus en plus difficile l’accès au logement.
Ainsi, les ménages appartenant aux 30% les plus pauvres, qui sont logés dans le
parc privé, consacrent en moyenne près de 40% de leurs ressources au loyer ou
à leurs charges d’accession. Entre 1998 et 2008, les prix à la consommation ont
augmenté de 19%, les loyers des résidences principales de 25% et le revenu médian
des ménages seulement de 13%. Avec des loyers (hors charge) du locatif privé qui
s’échelonnent de 19 à 28€/m2, des prix moyens d’accession à la propriété de 7480
€/m2 pour un appartement dans le neuf et de 6150€/m2 dans l’ancien, la situation
est encore plus tendue sur GPSO.
Il y a donc un leurre idéologique lorsque l’on parle de bonne foi, le problème en
matière d’expulsion n’est pas que le loyer ne soit pas payé, mais que les
locataires aient les moyens de le faire. Derrière la croissance des expulsions
apparaît un écart qui se creuse entre le coût du logement et les capacités
contributives des ménages.
Vous avez sans doute eu connaissance de la récente lettre du collectif des
33 associations pour une nouvelle politique du logement, demandant aux
parlementaires de mettre en place en 2013 un moratoire sur toutes les expulsions
locatives sans solution avec dédommagement des propriétaires.
Le Front de Gauche considère que dans un pays moderne et hautement développé,
la pratique inhumaine et moyenâgeuse des expulsions, porte atteinte à la dignité,
à la justice, à la solidarité et à la citoyenneté. Pour en finir avec les expulsions
locatives, nous proposons la création d’un service public qui permettrait notamment,
en cas d’accident de la vie, de grande fragilité économique et sociale, que la
collectivité toute entière par des mécanismes de solidarité adaptés, assurent
le paiement de la charge logement pendant le temps nécessaire à ce que les
personnes concernées se rétablissent et soient en mesure de reprendre le paiement
des loyers et des charges.
Cette exigence de garantie du droit, de solidarité et d’intérêt général renvoi à la
création d’un service public du logement pour mettre en œuvre une sécurité sociale
du logement garantissant le droit au logement pour tous, tout au long de la vie,
avec une charge locative (loyer + charges) n’excédant pas 20% des revenus des
locataires.
Pour nous les expulsions ne sont pas une fatalité et les maires qui ont la
responsabilité de protéger la population, notamment les personnes en difficultés
économiques et sociales, sont fondés en droit à prendre des arrêtés anti expulsion,
et les Préfets se doivent de respecter les actes de droit pris par les maires et les
collectivités.
Ainsi, contrairement à ce qui est parfois affirmé, les arrêtés anti-expulsions ne sont
ni illégaux, ni de pure forme. Ils sont avant tout des actes politiques qui s’ils sont
majoritairement soutenus par la population, peuvent devenir une force démocratique
de reconnaissance et d’affirmation incontournable du droit au logement reconnu
universellement.
Bernard JASSERAND